“ Pour Flore Saunois, le langage est un fil rouge, et l’écriture, un matériau, comme en témoigne déjà 3xRien (mettre en boîte) /Contrecarrer, livrets de variations autour du mot “rien” tapées sur papiers fragiles. Nommer rendant réel, Saunois s’intéresse au point de bascule entre apparition et disparition des choses. Dans ses œuvres protéiformes et malicieuses – cylindre autopropulsé déroulant l’inscription “sans fin chercher une chute” ou Lecture de poèmes de poche à déplier –, le support choisi “traduit” des mots qui se racontent. Ainsi déployés, ils adviennent. ”
  
À lire sur le site du magazine Artpress :
https://www.artpress.com/2020/06/17/flore-saunois/

Article complet à lire dans la version papier d’Artpress - hors série sept./oct. 2020
par Aurélie Cavanna


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Située au croisement de l’écriture et des arts plastiques, ma pratique s’inscrit dans une recherche sur le langage, sa matérialité, ses possibles traductions dans des formes, et son influence – réciproque – sur le réel. En résulte un travail constitué de sculptures, installations, vidéos, pièces sonores, performances ou éditions.

S’inscrivant dans une relecture des principes de l’art conceptuel, des formes d’écriture pouvant s’apparenter à une certaine poésie contemporaine se frottent à un langage plastique, propre aux arts visuels.

Souvent discrets, ténus, et d’une apparente simplicité, mes travaux invitent à une certaine qualité d’attention. Leur concision et sobriété plastique se trouve sans cesse contrecarrée par une ironie joueuse, un humour dans lequel se condensent quelques strates ultérieures – poésie latente, sur la brèche toujours, entre dérisoire et existentiel.
Et des tautologies, des pièces tournant avec dérision en boucle, indéfiniment, soulèvent en creux la question de leur finitude.

Il s’agit de déplacer légèrement la ligne d’articulation que le langage entretient avec la réalité, pointer ces moments où le monde réel et le monde représenté ne coïncident plus – ouvrant une faille minuscule où l’on peut circuler de l’un à l’autre, où des temporalités différentes entrent en friction ; des lieux d’indécidabilité entre trivial et extraordinaire, virtuel et existant – légers écarts porteurs d’humour, par l’incongruité qu’ils engendrent. Scruter l’infime, le presque rien, et soulever la question de l’éphémère, de la disparition et de la persistance des choses – au travers de leur inévitable transformation.


° L’écriture comme matériau, car elle est précisément à cet endroit, à la lisière, ce point de bascule entre le matériel et l’immatériel, entre le virtuel (« ce qui est en puissance », les potentiels) et « ce qui advient », ce qui existe, dans la réalité.

° La trace – à la fois témoignages de gestes, d’événements passés, et objets chargés de potentiels, ouverts sur d’ultérieurs possibles –, la trace donc, pour dire ces paradoxes de présences absentes, présenter des objets dérisoires soulevant avec humour des questions trop grandes pour eux, donner à voir des précipités de temps, suspendre la condition de fugacité d’un objet ou d’un événement, se placer entre le pérenne et le « sur le point de disparaître ».


    At the boundaries of writing and fine arts, my practice is a form of research on language, its materiality, its possible translations into forms, and its influence – reciprocal – on reality. The results of my research take on various media, comprising sculptures, installations, videos, sound pieces, editions or performances.

My work offers a re-reading of the principles of conceptual art, bringing forms of writing often associated with contemporary poetry into contact with the visual arts, emphasising the plastic qualities of language.

Often of discreet and modest appearance, the works invite a certain sort of attentiveness. Their deceptive simplicity is continuously thwarted by a playful irony – latent poetry, on the verge always, between derisory and existential.

While slightly shifting the articulation point between the language and the reality to which it refers, I try to point out moments in which reality and its representation no longer coincide – opening up tiny gaps which reveal a certain humour by the incongruities they engender. The overlapping of temporalities allows me to materialise the paradoxes of presences which are absent, of ephemeralities which last indefinitely; to blur the perception of an object with its representation, between the virtual and the actual. In considering the minuscule, the almost nothing, the border between the ordinary and the extraordinary seems to oscillate.

°Writing as a physical material, because it is precisely at the border between the virtual and that which exists, the hinge between that which potentially is and the real.

° Traces, to reveal paradoxes of absent presences, to show the accumulation of time, to suspend the ephemeral nature of an object or an event, to be situated between longevity and being ‘on the verge of disappearance’.
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