Situé au croisement de l'écriture et des arts plastiques, mon travail consiste en une perpétuelle recherche sur la matérialité du langage, ses possibles traductions dans des formes, comment ses supports influent sur lui – et inversement, comment le langage à son tour peut façonner, engendrer, ou entrer en dialogue avec une forme, un support, un contexte qui lui soit propre.

S'inscrivant dans une relecture des principes de l'art conceptuel, des formes d'écriture pouvant s'apparenter à une certaine poésie contemporaine se frottent à un langage plastique, propre aux arts visuels.

Au fil des vidéos, pièces sonores, installations, éditions ou performances, on rencontre des tautologies, des pièces tournant avec dérision en boucle, indéfiniment, et soulevant en creux la question de leur finitude. Souvent discrètes, ténues, et d'une apparente simplicité, les pièces invitent à une certaine qualité d'attention. Leur concision et sobriété plastique – voir un caractère à première vue déceptif, se trouvent sans cesse contrecarrés par une ironie joueuse, un humour dans lequel se condensent les strates ultérieures de quelques questions – poésie latente, sur la brèche toujours, entre dérisoire et existentiel.

Il s'agit en effet de déplacer légèrement la ligne d'articulation que le langage entretient avec la réalité, pointer ces moments où le monde réel et le monde représenté ne coïncident plus – ouvrant une faille minuscule où l'on peut circuler de l'un à l'autre, où des temporalités différentes entrent en friction ; des lieux d'indécidabilité entre trivial et extraordinaire, virtuel et existant – légers écarts porteurs d'humour, par l'incongruité qu'ils engendrent. Scruter l’infime, le presque rien, et soulever la question de l’éphémère, de la disparition et de la persistance des choses – au travers de leur inévitable transformation.

° L'écriture comme matériau, car elle est précisément à cet endroit, à la lisière, ce point de bascule entre le virtuel (« ce qui est en puissance », les potentiels) et « ce qui advient », ce qui existe.

° La trace – à la fois témoignages de gestes, d'événements passés, et objets chargés de potentiels, ouverts sur d'ultérieurs possibles –, la trace donc, pour dire ces paradoxes de présences absentes, présenter des objets dérisoires soulevant avec humour des questions trop grandes pour eux, donner à voir des précipités de temps, suspendre la condition de fugacité d'un objet ou d'un événement, se placer entre le pérenne et le « sur le point de disparaître ».